Journal de bord d’une agence en transition(s) Épisode 2 - Le bilan carbone
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- 02.11.23
Comment une agence de communication et de marketing digitale se retrouve-t-elle avec un plan d’action de 5 volets, découpés en plusieurs sous-parties, faisant travailler conjointement une dizaine de personnes en simultanée ?
Pour le comprendre, il faut remonter un peu dans le temps…
Merci Père Noël : le feu vert
Fin 2021, juste à temps pour Noël, notre équipe d’éternel·les optimistes du comité Griiin trouve sous le sapin le plus beau des cadeaux : le feu vert de la BPI pour réaliser notre bilan carbone. Le résultat de plusieurs mois de travail, à éplucher, parcourir, lire les petits caractères de dizaines de dossiers de subventions. D’un travail minutieux pour réunir l’ensemble des pièces demandées dans le cadre du “Diag’ Décarbone’Action”.
Quand il arrive, c’est l’allégresse. Il faut dire que le diag’ Decarbone’Action est parfait pour nous. Co-financé par l’ADEME, opéré par Bpifrance en collaboration avec l’Association Bilan Carbone, on est sur du très sérieux, du solide.
Le principe ? Un accompagnement qui s’étale sur 12 jours au total, découpés en 3 phases.
- Phase 1 : le calcul. La mesure des émissions Gaz à Effet de Serre (GES) liées directement et indirectement à notre activité.
- Phase 2 : le plan. La coconstruction du plan de transition : quelles actions réaliser, comment, quand ? #OnVaPasResterÀSeTournerLesPouces.
- Phase 3 : l’action. On relève nos manches et on se met au travail. Pas le choix, c’est inscrit dans notre stratégie d’entreprise. Bonus : on embarque nos clients fournisseurs et partenaires dans notre démarche.
Pour nous guider dans cette aventure, des intervenant·es choisis avec soin par Bpifrance. Ça tombe bien, c’est ce que l’on cherche : des expert·es pour nous tenir la main et guider notre barque dans les méandres de la décarbonisation. Un·e senseï qui nous partage son savoir avant de nous laisser prendre la main.
Pour nous, ce senseï prendra la forme de la société de conseil indépendante, spécialisée en Environnement et en Développement Durable / RSE Anova. Les planètes sont en place, il ne nous reste plus qu’à les aligner. Nous nous donnons 5 mois pour le faire. Spoiler alert : on sera un peu ambitieux.
Juin 2022, c’est le mois 1, celui qu’on retient
Avant de se lancer à corps perdu dans ce sujet qui nous occupera pendant presque une année, il nous faut poser des bases solides. C’est ce que nous faisons le 9 juin 2022.
Autour de la table : l’ensemble du codir de l’époque, notre binôme Anova et, bien sûr, Juliette notre présidente du comité Griiin. Le but : comprendre nos attentes, notre contexte et nos motivations pour définir une road map pertinente, une méthodologie qui a du sens et récolter les bonnes données. Nous qui sommes habitué·es à prendre les briefs, nous voilà de l’autre côté du miroir, à devoir répondre aux questions que nous posons habituellement. C’est le monde à l’envers !
Le contexte, les motivations et les attentes
On commence par des choses simples, histoire de se mettre dans le bain. Le contexte, c’est celui d’une entreprise en forte croissance (non ce n’est pas de la frime, juste des faits 😎) qui vient de rejoindre un groupe, Iteractii, qui souhaitent également réaliser leur bilan carbone.
C’est également celui d’un marché en pleine mutation, où la place de la RSE est de plus en plus questionnée, notamment lors des appels d’offres, le cœur du réacteur en agence. Enfin, c’est celui de collaborateur·ices engagés, qui ont envie de faire plus après avoir déjà mis en place un certain nombre d’actions.
Pour ce qui est de nos attentes, nous en avons deux principales. La première, c’est de connaître l’impact carbone de nos activités que l’on sait énergivores, sans arriver à le quantifier. Cela dans le but assez évident de les réduire (duh). La seconde est d’entamer une réflexion pour proposer des services à faible impact carbone, notamment en ce qui concerne la conception de site, de campagnes ou de vidéo.
En bref : réduire nos propres impacts et ceux de nos clients.
La méthodologie
Une fois nos violons accordés sur les attentes et les motivations, il est l’heure d’entrer dans le vif du sujet. Et c’est là que le sujet se complexifie un peu. Tout d’abord car il faut choisir les bons indicateurs et KPIs, ceux qui sont :
- Officiels et approuvés, qui s’appuient sur des données concrètes et de véritables protocoles.
- Pertinents à notre activité et à notre secteur.
En prenant en compte ces deux facteurs, il semblait logique de s’appuyer sur la méthodologie et les outils de calculs mis à disposition par l’association Bilan Carbone, avec des facteurs d’émissions issus de l’Ademe, la Base Carbone ce qui nous a permis d’obtenir des résultats tout ce qu’il y a de plus réglementaire.
NDLR : il faut savoir que le format réglementaire est une nécessité, il atteste de la véracité de la démarche, de son sérieux et de ses résultats. Ce qu’il faut également savoir que le format réglementaire est terriblement compliqué à prendre en main. Autrement dit, accrochez vos ceintures et prévoyez du temps de vulgarisation des résultats.
Le périmètre de l’analyse
Dernière étape avant de passer à la collecte des données : délimiter le périmètre. Autrement dit, se poser la question simple en apparence, mais seulement en apparence : que dois-je prendre en compte dans mon bilan carbone ?
Il existe trois catégories de données à prendre en compte. Pour les scopes 1 et 2, il s’agit de calculer l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre nécessaires à la réalisation de notre activité. Le scope 3, quant à lui, considère l’ensemble des émissions annexes. Sauf que, sous la dénomination “émissions annexes” il est possible de mettre presque tout… ou rien. D’autant que ce 3ème scope ne présente aucune norme mais une simple méthodologie. Le but : être modulable pour être le plus pertinent possible. Cela ne signifie qu’une chose : c’est à nous de définir nos hypothèses de travail. Après beaucoup, beaucoup de discussions et d’échanges, voici celles que nous avons décidé de retenir.
Sont inclus dans le scope 3 :
- Les achats de produits et services soit tous les achats liés aux assurances, banques et tutti quanti mais également toutes les sous-traitances que l’on peut faire pour nos clients. Un poste non négligeable à l’agence, mesurable grâce à la méthode des ratios financiers dans la base carbone.
- Les déplacements liés au travail, nos pratiques de télétravail ainsi que de visioconférences.
- L’ensemble des sites web sur lesquels nous avons été prescripteur technique. C’est-à-dire l’ensemble des sites sur lesquels nous avons accompagné et conseillé notre client dans le choix de la solution technique.
- Le Social Media (Facebook, Insta, Twitter ads…) et l’emailing (campagnes de mail) quand nous sommes mandataires payeurs (= quand cela apparaît dans nos relevés comptables.
- Les Google Ads, à la condition d’être mandataire payeur.
En bref, si on devait schématiser, ça donnerait ça :
Le tout mesuré sur l’année comptable 2021 et le site de Nantes.
Carte sur table
Comme toute étude, la notre est imparfaite.
Nous avons tenté de faire au mieux à un instant T ; en s’appuyant sur les données que nous avions à disposition à date (c’est-à-dire très peu quand il s’agit des impacts des Social Ads et autres Google Ads, gardés bien secrets par nos ami·es les GAFAM !) mais aussi ce que nous étions en capacité de mesurer. Certains de nos choix, comme le fait de n’inclure que les impacts des campagnes dont nous sommes mandataires payeurs et non l’ensemble de nos campagnes, sont critiquables… et nous sommes les premier·es à le faire. Toutefois, comme le dit l’adage “mieux vaut fait que parfait”. C’est pourquoi nous avons décidé de nous lancer quand bien même toutes les conditions ou toutes les données ne sont pas parfaitement réunies. De cette manière, nous avons une première photographie de nos impacts et, par conséquent, une première road map d’actions à engager pour nous améliorer.
Notre but, demain : améliorer nos calculs à chaque Bilan Carbone et, surtout, le réduire de manière durable.
Juillet et août 2022 : à la pêche aux datas, datas, datas
Nos hypothèses de travail en place, il nous faut désormais creuser, tels des archéologues, pour remonter le fil, collecter la donnée et mesurer nos actions. Le coup d’envoi est donné le 7 juillet 2022, à l’occasion d’une Maxi Académie, notre temps de formation interne.
Pour ce qui est des scopes 1&2 nous commençons par fouiller, dans le détails, nos factures : internet, électricité, rien n’échappe à notre équipe Climat ! Pour le scope 3, on fait preuve d’imagination pour accéder aux résultats.
- Les déplacements liés au travail, nos pratiques de télétravail ainsi que de visioconférences sont mesurés via un questionnaire envoyé à l’ensemble de nos collaborateur·ices.
- Pour la mesure des impacts des sites web et campagnes social media réalisées, nous replongeons dans nos archives pour en connaître le détail, puis nous utilisons la méthode de l’AACC sur la base des publications du Shift Project 2018.
- Pour les Google Ads, trouver la bonne méthode de calcul se révèle être l’un de nos plus gros challenge vu la faible quantité de données partagées par le géant américain. Néanmoins, en tant qu’agence partenaire de Google, dans le top3% des agences, il était inenvisageable de ne pas comptabiliser l’impact des Google Ads dans notre BC. C’est finalement Quentin Franque, notre ancien directeur marketing qui est venu à la rescousse avec le lien de l’étude menée par FiftyFive sur l’empreinte carbone des campagnes publicitaires. Une immense aide !
Nous complétons tout cela avec des interviews des expert·es métiers. Le but : comprendre leur manière d’utiliser les différents outils à leur disposition et les attentes de leurs clients pour pouvoir avoir une mesure la plus fine possible des impacts engendrés. L’ensemble est regroupé dans un immense tableau excel.
Septembre : l’heure des résultats
Une fois la récolte terminée, nous passons aux calculs plus ou moins savants, nous comparons, nous croisons, nous arrivons aux résultats avec un taux d’incertitude égal à 38%. Encore une fois, c’est affinable, mais c’est déjà une bonne base.
Sans grande surprise, nos scopes 1 et 2 ne pèsent pas lourd dans la balance. D’une part car ce que nous produisons est immatériel, de l’autre car nous avons déjà mis en place un certain nombre d’actions pour réduire notre impact. En revanche, cela signifie que notre scope 3, à lui seul, représente 97% de notre Bilan Carbone.
Parmi nos gros postes, l’achat de produits et de services et, plus particulièrement, l’assurance, les services bancaires, honoraires, en somme tous les achats de prestataires (64%). La bonne nouvelle, c’est que cela peut vite se réduire simplement en demandant les bilans carbones de nos prestataires. La mauvaise ? Il y a de fortes chances qu’ils n’aient pas leur bilan carbone (d’où le facteur d’incertitude ici à 75%)… ou qu’ils ne soient pas bons.
Par contre, excellente nouvelle : ce que nous avons déjà mis en place, notamment en ce qui concerne les déplacements, qu’ils soient entre le lieu de travail et le domicile ou d’une nature professionnelle, portent leur fruit !
Le temps de préparer une version plus digeste, nous voici en octobre. Le 13 pour être exact·es. Devant l’ensemble des collaborateur·ices d’Intuiti, aux côtés de nos partenaires Anova pour présenter les résultats du tout premier bilan carbone d’Intuiti. Un petit pas pour la planète certes, mais un grand pas pour Intuiti.
Nous en tirons ces conclusions :
- Puisque 60% des émissions proviennent de nos achats auprès de nos prestataires – dont ⅔ nécessaires à la réalisation de nos projets clients – nous devons embarquer nos fournisseurs dans la démarche que nous menons.
- 33% de nos émissions proviennent des services que nous fournissons à nos clients. Autrement dit, nous pouvons agir sur plus d’un tiers de notre bilan. Comment ? En nous instruisant, en nous engageant, nous et l’ensemble des collaborateur·ices actuel·les dans une démarche de sensibilisation de l’impact numérique #ecoconception.
Un début de plan se dessine, ça tombe bien, c’est notre prochaine étape, mais ça, on le garde pour l’épisode 3.